La plupart des auteurs utilisent les termes de prohibitionnisme, d'abolitionnisme ainsi que de criminalisation ou de décriminalisation, de réglementation ou de déréglementation, pour indiquer les approches politiques nationales et les différents régimes. Ces termes ont différentes significations. L'abolitionnisme, par exemple, vise l’objectif utopique d’éliminer la prostitution de la société, ainsi que la tentative de décriminaliser la prostitution. Nous sommes conscients que cette approche a été discutée et critiquée pour plusieurs raisons, ce qui en fait un thème que nous allons aborder dans le chapitre d'introduction. La conclusion semble être que les classifications en termes de régimes juridiques différents se concentrent sur les objectifs politiques plutôt que sur la manière dont les politiques régissent les lois, les instruments mis à leurs dispositions, les règlements, les associations, les professionnels du secteur, les pratiques, et les conséquences qui en découlent, à la fois volontaires et involontaires. Nous n’irons pas plus loin dans le détail concernant ces débats et les arguments y afférents car nous sommes sûr que beaucoup d'entre vous sont bien conscients de la complexité qui se rapporte à ce domaine politique particulier. Pourtant, nous voyons la nécessité de définir un certain nombre de termes avec lesquels nous donnerons une désignation claire et rapide de l’approche concernant la politique nationale. Raison pour laquelle nous vous demandons d'utiliser les termes suivants pour indiquer les approches politiques nationales:
 
 
Criminalisation de la travailleuse du sexe
Dans ce type de politique toute forme de travail du sexe est illégale. Travailleuses et travailleurs du sexe, celles ou ceux considérés comme proxénètes tout comme les gérant.es de salons sont arrêtés et poursuivis; les clients sont arrêtés et souvent envoyés à des programmes de sensibilisation. Les exemples sont entres autres les États-Unis (sauf le Nevada), le Canada, l’Irlande, l'Italie et la Roumanie. La criminalisation des travailleuses.eurs du sexe est basée sur un ordre public et/ou un discours moral de l'ordre dans lequel la prostitution est considérée comme une menace pour l'espace public de la ville, la famille ou la santé publique. La police est généralement très impliquée dans la mise en œuvre de cette politique.
 
Criminalisation du client
Dans cette politique les clients et les proxénètes et/ou gérant.es de salons sont poursuivis. Le but est d'abolir la prostitution en supprimant la demande. Toutefois, lorsque le régime de criminalisation accepte tacitement la présence de la prostitution dans le milieu urbain, tant qu'elle n’est pas trop visible et limitée à certains espaces urbains, la criminalisation du client a pour objectif plus utopique encore, la suppression pure et simple de la prostitution dans la société. La criminalisation du client est alimentée par un discours féministe radical qui dépeint la prostitution comme une forme institutionnalisée de violences sexuelles contre les femmes. Selon ce discours, la prostitution ne peut jamais être un libre choix parce que les femmes sont par définition des victimes des circonstances ou de la domination mâle structurelle. La criminalisation du client a été adopté en Suède et maintenant également en Norvège, en Finlande et en Islande.
 
Réglementarisme. 
Comme la criminalisation, le réglementarisme a une logique publique et morale rationnelle, mais la réduction des délits devient un objectif majeur. Le réglementarisme peut, mais pas nécessairement, participer à la légalisation de l'industrie du sexe. L'objectif de la réglementation est en gros de contrôler les aspects d'ordre pénal et public de la prostitution, comme la limitation du nombre de travailleuses.eurs du sexe, les lieux de prostitution, contenir les maladies sexuellement transmissibles, limiter la prostitution à certaines zones de la ville, et à lutter contre la traite des êtres humains aux fins de prostitution.La plupart des régimes ayant adopté le règlementarisme s’engagent dans la réduction de la violence en apportant des informations de prévention et de santé ainsi que des prestations sociales aux travailleuses.eurs du sexe, tout comme aux victimes d'exploitation. Le réglementarisme implique une large palette de services, tels que des supports et outils d'information, la sensibilisation au travail du sexe par des personnes spécialisées et l'enregistrement des prostitué.es. par la police.
Les Pays-Bas, la Suisse et l'Autriche sont des exemples de régimes réglementés.
 
Décriminalisation
L'objectif de la décriminalisation est d'abolir toutes les lois qui visent spécifiquement la prostitution et d’être réglementé par la loi pénale et administrative d’ores et déjà en vigueur. Le travail du sexe est alors considéré comme une profession à part entière, toutefois, à cause du stigma, les travailleuses.eurs du sexe ont besoin d'aide pour l'obtention de leurs droits, comme le droit à des conditions de travail digne, la confidentialité, l'intégrité physique, la liberté d’action, mais aussi l'accès à la santé, à l’assurance maladie et aux services financiers, etc... La décriminalisation exige une forte volonté politique ainsi qu’une participation active de l'État; en ce sens, il y a un parallèle à faire avec l’approche réglementariste. Cependant, contrairement à une approche réglementariste, les autorités et les travailleuses.eurs du sexe se considèrent mutuellement comme des partenaires à part entière et les associations/syndicats de travailleuses.eurs du sexe ont une influence considérable dans la conception et la mise en œuvre des politiques publiques en matière de prostitution. 
La Nouvelle-Zélande et l'état australien de Nouvelle-Galles du Sud sont les seuls exemples de la décriminalisation.